DENIS FLEURDORGE, ORIGINAL RESPONSE 1
Je me suis toujours intéressé à la politique et en particulier à la sociologie politique. Dans mon cursus universitaire, je suis diplômé en Science politique et j’ai soutenu ma thèse de doctorat en Sociologie à la Sorbonne sous la direction du Professeur Claude Rivière. Claude rivière est l’un des premiers chercheurs à généraliser et à instituer des travaux sur les rites profanes (Les rites profanes, Paris, PUF, 1995) et les liturgies politiques (Les liturgies politiques, Paris, PUF, 1988). La notion de rituel a longtemps été le terrain de recherche des ethnologues et des anthropologues pour les « sociétés exotiques », mais depuis une vingtaine d’années, la sociologie a réinvesti le champ de ce type objet. Donc les rites et les rituels peuvent être légitimement étudiés par les sociologues. Il suffit pour s’en convaincre et s’assurer du bien fondé d’une telle démarche de relire Emile Durkheim dans Les formes élémentaires de la vie religieuse. Dans cet ouvrage Durkheim pose clairement les bases d’une sociologie du rite et du rituel dans le champ du religieux, mais aussi dans celui du profane et du politique. Mon intérêt pour la « chose » politique s’appuie sur une double légitimité non seulement durkheimienne mais aussi sur des recherches contemporaines en sociologique (Rivière, Javeau, Piette, Lardellier, etc.). Outre un certain nombre d’articles, j’ai publié à ce jour deux ouvrages sur la question : Les rituels du président de la République (Paris, PUF, 2001) et Les représentations et les rituels du pouvoir (Paris, Zagros, 2005). En janvier 2012 devrait sortir aux éditions Imago un nouvel ouvrage sur la question : Lorsque le président paraît. Pratiques et rituels de la République.
Ma démarche ne vise pas à présenter le champ du politique comme un domaine social autonome et fermé mais à retenir l’idée que les pratiques politiques, en l’occurrence les rituels, participent, dans une large mesure, d’un ensemble plus large, comme l’une des dimensions d’une société donnée (marquage culturel). Les rituels ne sont pas à côté de la société, ils sont dans la société au même titre que d’autres dimensions sociales : la religion, les croyances, les institutions, les pratiques sociales, l’économie, l’art, etc. Peut-être est-il vrai que la politique possède ses propres règles et valeurs, des pratiques spécifiques, mais toutes ses particularités n’entrent pas en contradiction avec les autres plans sociaux qui structurent la société. Fêter des anniversaires, célébrer des morts, partager un repas, visiter ou inviter des amis, etc. ne constituent pas l’apanage de tel ou tel plan social et relèvent de pratiques sociales aussi bien politiques que non-politiques.
Le versant le plus riche dans la recherche est celui de la pratique politique réelle (représentations, cérémonies, rituels, etc.), celle à laquelle on participe en tant que spectateur ou observateur. La pratique politique comme plongée directe sur un pouvoir vivant et vivace fournit moins la trompeuse illusion qu’une réalité médiatisée. Cependant, elle non plus ne donne une perception définitive et exhaustive. Elle rend compte de tendances (caractère solennel de l’instant), de concentrations (foule massée), de fixations (attentes des acteurs du rituel), de déplacements favorisant l’envahissement d’un espace de manière codifiée et dans la tenue d’un temps régulé.
Enfin, d’une manière générale dans mon travail de recherche, il est important de dégager un système, « le rituel politique », dont les différents éléments ou composants peuvent être considérés comme des structures récurrentes de rituels en rituels, et qui fondent l’ossature fonctionnelle et permanente du rituel. En saisissant les différentes modalités d’expression et de représentation des pratiques présidentielles, il est possible d’établir non seulement un recensement des éléments composant ce « système », mais aussi les relations qu’entretiennent ces différents éléments entre eux ou avec d’autres « systèmes ».
Denis Fleurdorge
Maître de Conférences – HDR
Département de Sociologie, UFR V
Université Paul-Valéry – Montpellier III
Chercheur titulaire au Laboratoire d’Etudes et de Recherches en Sociologie et en Ethnologie de Montpellier (EA 4584) - Institut de Recherches Sociologiques et Anthropologiques / Centre de Recherche sur l’Imaginaire, Université Paul-Valéry – Montpellier III
